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Lyon en 48h : bouchons, traboules et marchés

48h à Lyon : Vieux Lyon, traboules secrètes, bouchons traditionnels et Halles Paul Bocuse, l’itinéraire parfait pour bien manger.

Léonie EtcheverryPar Léonie Etcheverry · Publié le · Mis à jour le
Lyon en 48h : bouchons, traboules et marchés

Vous vous demandez comment organiser 48 heures a Lyon sans courir entre les bouchons, les traboules et les marches? La reponse tient en trois priorites simples: commencer par le Vieux Lyon pour comprendre la ville a pied, reserver un vrai diner de bouchon pour entrer dans sa cuisine, puis consacrer le deuxieme matin aux Halles Paul Bocuse avant de flaner sur les quais. En deux jours, Lyon se savoure tres bien si l'on accepte de marcher, de lever les yeux, de pousser quelques portes et de garder assez d'appetit pour manger vraiment.

Jour 1 au fil de la Saone : prendre le pouls du Vieux Lyon

Pour une premiere matinee, le plus juste est de commencer par le Vieux Lyon. Non pas pour cocher un quartier de carte postale, mais parce que tout y raconte la ville: la pierre blonde, les facades italiennes, les cours discretes, les escaliers en vis, les passages qui relient une rue a l'autre comme des secrets transmis a voix basse. On arrive idealement par le quai de Saone, quand les terrasses s'installent encore et que les rues gardent quelque chose de calme avant l'affluence.

Le quartier Saint-Jean est le plus connu, et il faut l'aborder sans se presser. La rue Saint-Jean concentre boutiques, devantures gourmandes et flux de visiteurs, mais il suffit de se decaler d'une ruelle pour retrouver une texture plus fine. Entrez dans une cour quand elle est ouverte, observez les galeries, les puits, les passages couverts. Le Vieux Lyon se comprend autant par ses interieurs que par ses facades. On sent encore la ville marchande, celle des echanges, des ateliers, des allers-retours entre la riviere et les collines.

Si vous aimez commencer la journee avec une halte simple, prenez un cafe avec une brioche aux pralines dans une boulangerie du quartier ou sur les abords de la place Saint-Jean. La praline rose, ici, n'est pas un gadget sucre. Dans la pate ou sur une tarte, elle apporte une note franche, presque joyeuse, qui dit beaucoup de la patisserie lyonnaise: genereuse, lisible, sans embarras.

Depuis le Vieux Lyon, on peut aussi grimper vers Fourviere par les rues qui montent ou choisir le funiculaire. La basilique attire, bien sur, mais le vrai bonheur est souvent dans le chemin: les escaliers, les echappees sur les toits, la Saone qui serpente en contrebas. En haut, la vue donne une lecture immediate de la ville, entre colline, fleuves et quartiers. Elle permet surtout de reperer la suite de l'itineraire: la Presqu'ile pour l'elegance urbaine, les Halles pour le grand theatre des produits, puis les bouchons pour la table.

Traboules et cours interieures : marcher a l'interieur de la ville

Les traboules ne sont pas un folklore ajoute apres coup. Elles appartiennent a la structure meme de Lyon. Ces passages qui traversent immeubles et cours, souvent du Vieux Lyon a la Saone ou sur les pentes de la Croix-Rousse, ont servi a circuler, a transporter, a gagner du temps, a se proteger. Quand on les emprunte, on comprend que la ville ne se lit pas seulement sur sa surface. Elle se traverse.

Dans le Vieux Lyon, certaines traboules accessibles au public permettent de saisir leur logique: une porte cochere, une cour silencieuse, un couloir, puis soudain une autre rue, une autre lumiere. Il y a presque toujours un contraste tres doux entre l'agitation exterieure et le frais de la pierre a l'interieur. Cette sensation, a elle seule, justifie la promenade. On decouvre aussi de beaux details architecturaux: escaliers torsades, galeries superposees, passages voutes, teintes ocre et rose, ferronneries modestes mais soignes.

Pour rester dans une cadence agreable, mieux vaut ne pas vouloir toutes les voir. Trois ou quatre passages bien choisis valent mieux qu'une chasse precipitee. Il faut aussi garder en tete que beaucoup de traboules se trouvent dans des immeubles habites: on marche bas, on respecte les lieux, on referme doucement. Cette politesse elementaire fait partie de l'experience.

Si vous avez de l'elan l'apres-midi, poussez jusqu'aux pentes de la Croix-Rousse. Le decor y change. Le Vieux Lyon joue des facades Renaissance et du rapport a la Saone; la Croix-Rousse, elle, porte encore l'ombre des canuts. Les immeubles sont plus hauts, les fenetres plus larges, la circulation verticale plus sensible. On y retrouve d'autres traboules, d'autres cours, une ville ouvriere et inventive. Ce n'est pas le meme Lyon, et c'est justement ce qui rend ces 48 heures si riches: a quelques stations ou quelques rues de distance, les ambiances basculent.

Le bouchon sans theatre : que manger et comment choisir sa table

Le soir du premier jour, place au bouchon. Le mot a ete tant employe qu'il s'est parfois vide de sa substance. Un vrai bon bouchon n'est pas une caricature avec nappes a carreaux pour voyageurs presses. C'est une salle ou l'on mange une cuisine franche, issue d'un repertoire populaire lyonnais, avec du soin, de la regularite et une forme de chaleur qui ne force rien. Le decor peut etre simple, boise, un peu serre. Les voix montent vite. Les assiettes arrivent sans mise en scene.

Que commander pour entrer dans le sujet? La salade lyonnaise reste une belle porte d'entree quand elle est bien faite: salade assaisonnee sans timidite, lardons, croutons, oeuf poché. La cervelle de canut, malgre son nom qui surprend souvent, est un fromage frais travaille avec herbes, echalote, parfois ail, huile, vinaigre, sel et poivre. Avec un bon pain, c'est un debut ideal. Viennent ensuite les quenelles, surtout de brochet, nappées d'une sauce qui demande de la tenue sans lourdeur. L'andouillette a ses fideles, le tablier de sapeur aussi, plus singulier, pane et croustillant. En saison, une volaille a la creme ou aux morilles peut aussi apparaître sur certaines cartes d'esprit plus bourgeois.

Le meilleur critere de choix reste la lisibilite. Une carte pas trop longue, un service qui connait ses plats, des produits qui semblent traites avec respect, une clientele melangee ou l'on voit autant des habitués que des visiteurs attentifs: ce sont de bons signes. Dans le Vieux Lyon comme sur la Presqu'ile, on trouve d'excellentes tables et d'autres plus tape-a-l'oeil. Mieux vaut reserver, surtout pour le diner, et accepter de manger un peu plus tot ou un peu plus tard pour garder le choix.

Au verre, laissez-vous guider vers les vins de la region, notamment du cote du Beaujolais ou de la vallee du Rhone septentrionale. Si vous aimez suivre un vignoble par ses reliefs et ses usages, notre itineraire en Bourgogne prolonge bien cette lecture des vins a table. Ici encore, la justesse compte plus que l'etiquette. Un rouge souple et gourmand accompagne tres bien une cuisine de bouchon. Un blanc sec peut merveilleusement tenir tete a une quenelle ou a une entree cremeuse. L'important est l'accord de table, pas la demonstration.

Jour 2 aux Halles Paul Bocuse : voir, sentir, gouter avant midi

Le deuxieme jour merite un reveil assez matinal pour rejoindre les Halles Paul Bocuse. Le lieu n'a rien d'un marche de plein air pittoresque; c'est un espace couvert, urbain, ou les meilleurs produits se montrent sans exces de decor. On y vient pour regarder les etals, parler avec les vendeurs, acheter de quoi emporter, parfois s'attabler sur place. Les Halles condensent une certaine idee lyonnaise de la gourmandise: l'excellence du produit sans besoin de longs discours.

Ce qui frappe d'abord, c'est le rythme. On voit des habitants qui font leurs courses, des cuisiniers, des amateurs en balade, des visiteurs venus pour une specialite bien precise. Les fromages attirent, bien sur, tout comme les charcuteries, les volailles, les poissons, les patisseries. Mais il faut resister a l'envie de tout multiplier trop vite. Le meilleur parcours consiste a faire un tour complet, a reperer ce qui vous appelle, puis a revenir deguster.

Pour bien manger aux Halles, il faut varier les registres. Commencez par quelque chose de simple: un morceau de saucisson, une tranche de pate en croute, quelques huitres si l'envie d'iode surgit, puis un fromage de caractere. Gardez toujours une place pour le sucre. A Lyon, la patisserie sait etre gourmande sans perdre en nettete. Tarte a la praline, saint-genix selon les saisons et les maisons, entremets, chocolats: les tentations abondent. L'astuce est de composer un parcours de bouche plutot qu'un repas trop lourd d'un coup.

Les Halles sont aussi un excellent endroit pour ramener un peu de Lyon avec soi. Une praline de bonne qualite, une charcuterie sous vide si vous voyagez ensuite, un fromage adapte au transport, des biscuits secs: autant de souvenirs qui ont du sens. Choisissez peu mais bien, en demandant conseil sur la conservation. Le plaisir du retour commencera souvent a l'ouverture du sac, quelques jours plus tard.

Entre Presqu'ile et quais : les pauses qui donnent sa respiration au voyage

Entre un marche et un bouchon, Lyon se savoure aussi dans ses transitions. La Presqu'ile offre cette respiration. Entre Bellecour, les rues commerçantes, les places plus calmes et les quais du Rhone ou de Saone, on change d'echelle et de ton. Le voyage ne doit pas devenir une succession de repas. Il a besoin de marches digestives, d'un banc au soleil, d'un cafe pris debout au comptoir, d'un verre en terrasse en fin d'apres-midi.

Sur les quais, surtout quand la lumiere baisse, la ville se detend. Le promeneur gourmand y trouve un tempo ideal pour laisser redescendre les saveurs. C'est aussi le moment de regarder les Lyonnais vivre leur ville: velo, promenade, conversation, lecture. Cette observation compte. Elle rappelle qu'une culture culinaire tient autant a ses tables qu'a sa facon d'habiter le temps.

Pour le dejeuner du deuxieme jour, si vous ne voulez pas refaire un bouchon, cherchez plutot une table de quartier, un comptoir soigne ou une adresse de cuisine du marche, du cote de la Presqu'ile, des pentes ou d'un quartier vivant comme les abords des Brotteaux. Lyon ne se reduit pas a son patrimoine canonique. Une assiette du jour bien construite, un poisson simplement cuit, des legumes de saison vraiment traites, un dessert maison sans fioriture peuvent dire la ville autrement, avec autant de justesse.

Et si le temps se gate, ce qui arrive, prenez-le comme un avantage. Lyon sous un ciel bas garde une intensite particuliere. On se refugie plus volontiers dans un cafe, une cave a manger, une salle lambrissee. L'appetit y gagne meme parfois, aiguise par l'air humide et la marche.

Deux specialites a comprendre pour mieux les aimer

Il y a des plats qu'on lit sur une carte sans oser les choisir. A Lyon, deux preparations meriteront souvent une seconde d'attention: la cervelle de canut et la quenelle. La premiere n'a rien d'une cervelle. C'est un fromage frais assaisonne, rustique et vif, qui accompagne admirablement un aperitif, une entree ou un casse-croute. A la maison, elle se prepare tres facilement avec du fromage frais, des herbes comme ciboulette et persil, une echalote ciselee, un peu d'ail selon le gout, de l'huile, un trait de vinaigre, sel et poivre. On melange, on laisse reposer un peu au frais, puis on sert avec du pain de campagne. La cle tient dans l'equilibre: de la fraicheur, du relief, mais jamais une agressivite d'assaisonnement.

La quenelle, elle, demande une autre lecture. Souvent de brochet dans l'imaginaire lyonnais, elle peut aussi exister autrement. Ce qui compte, c'est cette texture gonflee, souple, qui absorbe la sauce sans se dissoudre. Dans l'assiette, la sauce Nantua, traditionnellement liee a l'ecrevisse, lui va particulierement bien. Pour la reussir chez soi dans un esprit simple, mieux vaut souvent partir d'une bonne quenelle achetee chez un artisan ou un bon traiteur, puis travailler la sauce avec un fumet, un element cremeux et une base aromatique bien conduite. On enfourne jusqu'a ce que la quenelle leve et que la surface prenne une belle couleur. Le plat doit sortir genereux, chaud, presque enveloppant.

Comprendre ces plats, c'est saisir quelque chose de Lyon: un gout pour la cuisine de transmission, sans cynisme ni effets, qui valorise autant l'ingredient que le geste patient.

Mon itineraire ideal en 48h pour bien manger sans courir

Si je devais resumer ce sejour en un fil tres concret, je proposerais ceci. Premier jour: arrivee le matin, cafe et douceur a la praline dans le Vieux Lyon, promenade dans Saint-Jean et Saint-Georges, quelques traboules bien choisies, montee a Fourviere si le coeur vous en dit, puis dejeuner leger. L'apres-midi, traverser vers la Presqu'ile ou grimper vers la Croix-Rousse pour changer d'ambiance. Le soir, reservation dans un bon bouchon, avec l'idee de commander peu mais juste: une entree a partager, un plat signature, un dessert si l'appetit suit.

Deuxieme jour: Halles Paul Bocuse en fin de matinee, deambulation, degustations et achats choisis. Puis marche digestive vers la Presqu'ile ou les quais, dejeuner plus simple dans une table de quartier, apres-midi libre pour musee, promenade ou dernier crochet gourmand. Avant de repartir, un dernier passage en boulangerie ou chez un fromager peut faire office d'au revoir.

Ce qui rend Lyon attachante en deux jours, c'est l'absence de rupture entre patrimoine et assiette. On ne visite pas un cote puis l'autre. On passe d'une cour Renaissance a une nappe de bouchon, d'un escalier de traboule a un comptoir de marche, d'une vue de colline a une part de tarte a la praline, et tout se tient. La ville a cette qualite rare de nourrir autant les jambes que la table.

Si vous n'y avez encore jamais passe 48 heures, partez leger, marchez beaucoup et reservez au moins un vrai diner. Et si vous connaissez deja Lyon, essayez d'y revenir avec un seul fil conducteur: les passages, les produits, les plats canailles, ou simplement les quartiers. La ville supporte tres bien qu'on la reprenne par petits morceaux. Elle donne toujours envie

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Léonie Etcheverry

Signé par

Léonie Etcheverry

Journaliste gastronomie & voyages — Bayonne

Léonie Etcheverry a grandi entre Bayonne et le Béarn, dans une famille où la table tenait lieu de salon. Après plusieurs années d'écriture pour des enseignes de boulangerie-pâtisserie du Sud-Ouest, elle anime aujourd'hui L'Étoile Gourmande comme un carnet éditorial : recettes simples, gestes d'artisans, bonnes adresses du Pays Basque et voyages où la gastronomie sert de boussole. Sa méthode : aller en cuisine quand c'est possible, parler aux producteurs, goûter, raconter sans esbroufe.

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Méthode & sources

Cet article a été rédigé par son auteur·e après recherche, test ou vérification de terrain. Les éventuelles recettes sont cuisinées et photographiées par la rédaction.

Sources d'autorité (voyages gourmands) : Atout France, UNESCO (patrimoine immatériel), Encyclopédie Larousse Gastronomie, offices de tourisme locaux des destinations citées.

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